ENG Interview de Géry Rudent

Avec son talent extraordinaire, Géry Rudent, sculpteur, se pose et nous pose des questions existentielles et essentielles telles que l’horrible faim dans le monde opposée à une société gaspilleuse et qui s’en moque, l’abominable maladie d’ Alzheimer, quand l’homme affolé s’aperçoit qu’il perd l’esprit, la souffrance de la femme stérile…
Et Dieu qui aime ses enfants, les hommes, mais n’intervient jamais !

Christiane Peugeot : Qui es-tu Géry ?
Géry Rudent : Quelqu’un qui aime les autres, qui veut donner forme, au-delà des mots, à leurs émotions.

CP : Réalises-tu que tes créations sont terribles, qu’elles touchent nos culpabilités profondes, nos angoisses face au néant et jusqu’à l’instinct de la race qui montre la stérilité du doigt ?
GR : Attention ! Je ne veux pas m’enfermer dans la négativité ou la culpabilité. Je recherche au contraire l’apaisement. Je veux exprimer des émotions violentes mais pas choquer. Je souhaite que celui qui regarde mes sculptures se retrouve lui et tout ce qui fait de lui un Homme.

CP : Et la dépendance à l’autre, l’acceptation pour être aimé, ce défaut si répandu chez les femmes ?
GR : J’ai dû admettre qu’on ne peut pas tout accepter sans se détruire.

CP : Quelle est pour toi la différence entre les Méchants et les Gentils ?
GR : Nul n’est heureusement totalement l’un ou entièrement l’autre, tout « blanc » ou tout « noir ». J’envisage de traiter le sujet : une sorte de forêt de neurones avec, au centre, le Bien et le Mal qui se feraient un bras de fer.

CP : Pourquoi la sculpture ?
GR : Je suis né avec. Enfant je sculptais déjà des pommes de terre et dessinais beaucoup. Franchir la porte d’une école d’art a été une étape décisive. La sculpture me permet de dire le monde et les Hommes en trois dimensions.

CP : Où se situe ta liberté ?
GR : Dans la recherche d’un équilibre. L’équilibre entre ce que je dois dire et les matériaux au service de cette idée. Ma liberté c’est aussi de surprendre par mes choix techniques.

CP : Quel est finalement le sens de ta vie ?
GR : Etre vrai.

CP : Cela signifie quoi pour toi ?
GR : C’est respecter les autres et soi-même.

CP : Autre chose d’important ?
GR : Donner et recevoir beaucoup d’amour, aider les autres et ne pas manquer une occasion de faire le bien. La chose m’est arrivée, je le regrette encore. J’espère pouvoir continuer à me mettre à la place de l’autre.

CP : Le plus beau compliment que l’on t’ai fait ?
GR : Paradoxalement, il vient d’une personne avec laquelle j’étais en grave conflit. Elle m’a dit que j’étais profondément humain… Pour elle, cela devait être un défaut… sûrement…

CP : Dans ton travail d’artiste, quelle est ta plus grande récompense ?
GR : Lorsque je vois que j’ai touché les gens, qu’ils ont «  reconnu » dans mon travail une part d’eux-mêmes ou de leurs souffrances ou de leurs interrogations profondes d’êtres humains. Il se passe alors quelque chose qui me donne envie de continuer…

CP : Es-tu croyant ?
GR : Je crois en L’Homme, enfin… J’espère en l’Homme. J’ai d’ailleurs, parmi mes projets, une sorte de totem qui rassemblerait tous les dieux du monde.

CP : Quel est ton questionnement le plus intense, où tu brûlerais d’avoir une réponse ?
GR : Et après… Que se passe-t-il après notre passage sur Terre ? J’ai toutes les raisons de ne plus croire, mais pourtant, quand je pense à mes absents, je regarde encore le ciel…